Dermatologie des peaux de couleur : hyperpigmentation et kéloides

Dermatologie des peaux de couleur : hyperpigmentation et kéloides janv., 12 2026

Qu’est-ce que l’hyperpigmentation sur les peaux de couleur ?

L’hyperpigmentation, c’est quand la peau produit trop de mélanine, ce qui donne des taches plus foncées : du beige au gris en passant par le brun profond. Ce n’est pas juste une question d’esthétique. Sur les peaux foncées, ces taches peuvent durer des mois, voire des années, et peser lourd sur l’estime de soi. Selon la Société américaine de chirurgie dermatologique (ASDS), ce phénomène touche plus souvent les personnes avec des teints plus sombres, pas seulement à cause de la génétique, mais aussi à cause de facteurs comme l’inflammation, les coups de soleil, les produits cosmétiques ou même certains médicaments.

La forme la plus courante s’appelle l’hyperpigmentation post-inflammatoire (HPI). Elle arrive après une blessure à la peau : un bouton qui a été gratté, une coupure, une brûlure, ou même une acné sévère. Contrairement à ce qu’on croit parfois, ce n’est pas le bouton lui-même qui laisse la tache, c’est la réaction de la peau à l’inflammation. Plus la peau est foncée, plus elle réagit en produisant du mélanine en excès. Et ça, c’est un cercle vicieux : plus la tache est présente, plus on a envie de la toucher, et plus on l’aggrave.

Le melasma, une forme particulière et persistante

Le melasma, lui, c’est autre chose. Ce n’est pas une réaction à une blessure, mais une réponse hormonale. On le voit surtout chez les femmes, notamment pendant la grossesse - on l’appelle alors « masque de grossesse » - ou chez celles qui prennent une pilule contraceptive. Les taches apparaissent souvent sur le front, les joues ou au-dessus de la lèvre. Elles sont symétriques, de couleur brun-gris, et elles résistent. Même si on les traite, elles reviennent vite, surtout si on oublie la protection solaire. Le melasma n’est pas une maladie, mais un trouble pigmentaire très délicat à gérer, particulièrement sur les peaux de couleur.

La protection solaire : le fondement de tout traitement

Si vous n’faites qu’une seule chose pour votre peau, c’est d’appliquer une crème solaire tous les jours. Pas seulement en été. Pas seulement quand il fait soleil. Même par temps nuageux, même en hiver, même si vous restez à la maison près d’une fenêtre. Les rayons UVA pénètrent les nuages et les vitres. Et sur les peaux foncées, ils activent les mélanocytes comme un interrupteur.

Les crèmes solaires classiques ne suffisent plus. Les experts recommandent maintenant des filtres à large spectre avec des oxydes de fer. Pourquoi ? Parce que la lumière bleue émise par les écrans (ordinateurs, téléphones) peut aussi aggraver l’hyperpigmentation. Et les oxydes de fer, eux, bloquent cette lumière tout en s’adaptant naturellement aux teints foncés - pas de blanc fantôme sur le nez. Appliquez-en une noisette sur le visage, 15 à 30 minutes avant de sortir. Réappliquez toutes les deux heures si vous êtes dehors. Et n’oubliez pas les lèvres, le cou, les mains. Ce n’est pas un soin, c’est un traitement.

Les traitements topiques : ce qui marche vraiment

Le traitement de l’hyperpigmentation ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut de la patience, de la régularité, et surtout, une approche personnalisée. Les dermatologues commencent souvent par des crèmes qui ralentissent la production de mélanine.

  • Hydroquinone : c’est le traitement de référence. Il bloque l’enzyme qui fabrique le mélanine. Mais il ne doit pas être utilisé plus de 3 à 6 mois d’affilée, sous surveillance médicale, car il peut parfois causer une pigmentation inversée.
  • Rétinoïdes (tretinoin, adapalène) : ils accélèrent le renouvellement cellulaire, ce qui fait disparaitre les cellules pigmentées plus vite. Ils peuvent irriter la peau, donc on les introduit progressivement.
  • Acide azélaïque : doux, efficace, bien toléré sur les peaux sensibles. Il réduit l’inflammation et la pigmentation en même temps. Idéal pour les peaux acnéiques.
  • Vitamine C : un antioxydant qui éclaire la peau et protège des radicaux libres. Elle est souvent combinée avec d’autres actifs.
  • Acide kójique : naturel, dérivé de champignons. Moins puissant que l’hydroquinone, mais plus sûr pour un usage prolongé.

Depuis 2022, de nouveaux traitements font leur entrée : l’acide tranexamique en crème et la crème à 5 % de cystéamine. Ces deux options sont prometteuses, surtout pour les peaux de couleur qui ne supportent pas bien les traitements agressifs. Elles sont moins irritantes, et elles ciblent la pigmentation à un autre niveau, sans détruire la barrière cutanée.

Kélode pourpre sur une épaule foncée, entouré de fils dorés de collagène, main tenant une seringue.

Les kéloides : une cicatrisation hors contrôle

Les kéloides, c’est quand la peau cicatrise trop. Au lieu de se calmer après une blessure, elle continue à produire du collagène, et forme une bosse épaisse, lisse, parfois rouge ou violacée, qui dépasse les limites de la plaie initiale. Ce n’est pas un simple cicatrice. C’est une réaction pathologique. Et elle touche 15 à 20 % des personnes avec des peaux foncées - contre moins de 5 % chez les peaux claires. Les kéloides apparaissent souvent après un piercing, une plaie chirurgicale, une acné sévère, ou même une simple égratignure. Ils peuvent apparaître des mois après la blessure, et ils ne disparaissent jamais d’eux-mêmes.

Leur cause exacte est encore mal comprise, mais on sait qu’ils sont liés à des facteurs génétiques. Si un membre de votre famille en a eu, vous avez plus de risques. Ils sont plus fréquents sur la poitrine, les épaules, le menton et les lobes d’oreille. Et contrairement à l’hyperpigmentation, ils ne s’atténuent pas avec le temps. Ils peuvent devenir douloureux, démanger, ou limiter les mouvements.

Traiter les kéloides : un défi médical

Il n’existe pas de solution miracle pour les kéloides, mais on peut les contrôler. Le premier réflexe ? Ne jamais les percer, les gratter ou les couper soi-même. C’est comme ajouter de l’essence sur un feu.

Les traitements les plus efficaces sont combinés :

  • Corticoïdes en injection : ils réduisent l’inflammation et aplatissent la bosse. Il faut plusieurs séances, espacées de 4 à 6 semaines.
  • Pression continue : des pansements ou des bijoux spéciaux exercent une pression constante sur la zone, ce qui ralentit la croissance du kélode.
  • Laser : le laser pulsé à colorant (PDL) peut réduire la rougeur et la taille, surtout si le kélode est récent.
  • Cryothérapie : le froid intense détruit les cellules en excès. Risque de dépigmentation, donc à utiliser avec précaution sur les peaux foncées.
  • Chirurgie + traitement complémentaire : retirer un kélode sans traitement après, c’est presque garantir qu’il reviendra, souvent plus gros. Donc si on opère, on combine avec des injections de corticoïdes ou un traitement au laser immédiatement après.

Le plus important : agir tôt. Plus le kélode est jeune, plus il est réactif aux traitements. Si vous voyez une bosse qui grossit après une plaie, consultez un dermatologue dans les 2 à 3 mois.

Quand consulter un dermatologue ?

Vous n’avez pas besoin d’attendre que les taches deviennent énormes. Si vous avez :

  • Des taches qui ne partent pas après 3 mois malgré une bonne hygiène de soins
  • Des boutons qui laissent des marques foncées à chaque fois
  • Une cicatrice qui commence à se surélever et à déborder
  • Des taches qui changent de forme, de couleur ou qui démangent

… alors c’est le moment de voir un professionnel. Un dermatologue qui connaît les peaux de couleur saura distinguer une simple HPI d’un melasma, d’un kélode, ou même d’un trouble plus rare comme la lichen plan pigmentaire. Il pourra vous prescrire des traitements adaptés, éviter les produits qui risquent d’aggraver la situation, et vous guider sur la durée du traitement. Ce n’est pas une question de beauté. C’est une question de santé cutanée.

Trois femmes consultent un dermatologue, photos de progrès affichées, crèmes et pansements visibles.

Les erreurs à éviter

Beaucoup de personnes avec des peaux foncées essaient des produits trouvés sur Internet, des recettes maison, ou des crèmes blanchissantes sans ordonnance. Résultat ? Des irritations, des brûlures, ou une pigmentation encore plus profonde.

  • Ne pas utiliser d’hydroquinone sans suivi médical : elle peut causer une ochronose, une pigmentation bleu-gris permanente.
  • Éviter les peelings acides forts : les peelings au rétinoïde ou à l’acide glycolique doivent être très doux et progressifs. Un peel trop agressif peut déclencher une HPI pire que l’originale.
  • Ne pas se fier aux produits « naturels » non testés : le citron, le curcuma, ou l’aloe vera peuvent être irritants ou photosensibilisants.
  • Ne pas négliger la protection solaire : c’est le seul traitement qui fonctionne à 100 % si on le fait bien.

Comment suivre ses progrès ?

Prenez une photo de votre peau chaque mois, à la même heure, avec la même lumière. Cela vous permettra de voir les changements que vous ne sentez pas au quotidien. La plupart des traitements prennent 2 à 6 mois pour montrer des résultats visibles. Ce n’est pas une course. C’est un marathon. La clé ? La constance. Une crème appliquée tous les jours, un écran solaire réappliqué chaque matin, une consultation annuelle avec un dermatologue - c’est ça qui fait la différence à long terme.

La prise en charge globale

La dermatologie des peaux de couleur ne se résume pas à traiter les taches ou les cicatrices. C’est une approche holistique. Il faut regarder le mode de vie, les produits utilisés, les antécédents médicaux, les facteurs hormonaux, et même le stress. Une acné mal traitée devient HPI. Un kélode ignoré devient douloureux. Une protection solaire négligée aggrave tout. Le but n’est pas d’avoir une peau « blanche », mais une peau saine, équilibrée, et protégée. Et c’est possible - avec les bons outils, les bons conseils, et la bonne patience.

L’hyperpigmentation peut-elle disparaître complètement ?

Oui, mais pas toujours. L’hyperpigmentation post-inflammatoire peut s’estomper en 6 à 18 mois avec un traitement adapté et une protection solaire stricte. Le melasma, lui, est plus récalcitrant : il peut réapparaître à chaque exposition au soleil ou à chaque changement hormonal. L’objectif n’est pas la disparition totale, mais une amélioration significative et une prévention des rechutes.

Les kéloides sont-ils héréditaires ?

Oui. Si un parent proche a eu des kéloides, vos risques sont multipliés par 3 à 5. C’est un facteur génétique bien établi. Cela ne veut pas dire que vous en aurez forcément, mais que vous devez être particulièrement vigilant après toute blessure à la peau : piercing, coupure, acné, ou même une égratignure.

Est-ce que les soins pour peaux claires fonctionnent sur les peaux foncées ?

Pas toujours. Certains traitements, comme les peelings chimiques forts ou les lasers de type IPL, peuvent provoquer une dépigmentation ou une hyperpigmentation inverse sur les peaux foncées. Les produits à base d’hydroquinone doivent être utilisés avec précaution. Ce qui marche pour une peau claire peut être dangereux pour une peau foncée. Il faut des protocoles spécifiques, adaptés à la mélanine.

Quelle est la meilleure crème solaire pour les peaux foncées ?

Choisissez une crème à large spectre (UVA/UVB), avec un SPF 30 minimum, et qui contient des oxydes de fer. Ces filtres bloquent aussi la lumière bleue des écrans, qui aggrave l’hyperpigmentation. Privilégiez les formules teintées, qui s’adaptent aux teints foncés et évitent les effets blancs. Les marques qui proposent des teintes pour peaux profondes sont les plus fiables.

Peut-on traiter l’hyperpigmentation et les kéloides en même temps ?

Oui, mais pas avec les mêmes outils. L’hyperpigmentation se traite avec des crèmes blanchissantes et une protection solaire. Les kéloides nécessitent des injections de corticoïdes, du laser ou de la pression. Il faut un plan global. Un dermatologue peut coordonner les deux traitements sans les contrarier. Par exemple, on peut traiter un kélode au laser tout en appliquant de l’acide azélaïque sur les taches environnantes.