Effets secondaires du prednisone et du prednisolone : à court et à long terme
janv., 26 2026
Le prednisone et le prednisolone sont deux stéroïdes couramment prescrits pour calmer l’inflammation et ralentir le système immunitaire. Ils sont utilisés pour traiter des maladies comme le lupus, l’arthrite, les allergies sévères, ou encore les poussées de maladies auto-immunes. Mais derrière leur efficacité, se cachent des effets secondaires bien réels - certains passagers, d’autres durables. Si vous ou un proche les prenez, il est essentiel de comprendre ce qui peut arriver, à court et à long terme.
Comment ces médicaments agissent-ils vraiment ?
Le prednisone n’est pas actif tout de suite. Il faut qu’il soit transformé par le foie en prednisolone, sa forme active. C’est pourquoi les personnes avec un foie endommagé - par exemple à cause d’une cirrhose - ne convertissent pas bien le prednisone. Dans ces cas, les médecins préfèrent prescrire directement le prednisolone. C’est une différence technique, mais cruciale. Une dose de 5 mg de prednisone équivaut à 5 mg de prednisolone en efficacité, mais le prednisolone agit 1,8 fois plus vite chez les personnes avec un foie en bonne santé.
Les deux médicaments bloquent les signaux inflammatoires au niveau cellulaire. Ils réduisent la production de cytokines, ces molécules qui déclenchent la réaction du système immunitaire. C’est pourquoi ils sont si puissants. Mais cette même puissance les rend dangereux s’ils sont mal utilisés.
Effets secondaires à court terme : ce que vous ressentez dès les premiers jours
Les effets secondaires immédiats sont souvent les plus visibles. Beaucoup de patients les décrivent comme une « transformation » physique et mentale. En quelques jours, vous pouvez remarquer :
- Une augmentation de l’appétit - vous avez faim tout le temps, même si vous venez de manger.
- Une prise de poids rapide, surtout au niveau du visage (« lune de stéroïdes »), du cou et du ventre.
- Des troubles du sommeil : insomnie, réveils fréquents, sentiment d’être « en surrégime » même la nuit.
- Des changements d’humeur : irritabilité, anxiété, parfois même des épisodes de paranoïa ou d’agitation extrême. Des patients ont rapporté des hallucinations à des doses supérieures à 40 mg par jour.
- Des maux de tête et des vertiges.
- Une sueurs excessives ou une peau plus fine qui se blesse facilement.
Une étude de la Mayo Clinic sur 1 842 patients a montré que 68 % ont eu des troubles du sommeil, 65 % une faim constante, et 52 % des sautes d’humeur. La bonne nouvelle ? Ces effets disparaissent généralement dans les deux semaines après l’arrêt du traitement. Mais pendant ce temps, c’est difficile.
Effets secondaires à long terme : les dommages qui s’installent
Quand le traitement dure plus de trois semaines, surtout à des doses supérieures à 7,5 mg par jour, les risques changent de nature. Ce ne sont plus des désagréments passagers - ce sont des lésions organiques.
- Ostéoporose : les stéroïdes détruisent la masse osseuse. Après deux ans d’utilisation, 63 % des patients enregistrent une perte osseuse significative. Des fractures spontanées, même sans chute, deviennent possibles.
- Cataractes et glaucome : la pression intraoculaire augmente. 41 % des patients traités plus de cinq ans ont eu besoin d’une chirurgie des yeux.
- Diabète stéroïdien : 54 % des personnes non diabétiques prenant plus de 20 mg/jour développent une hyperglycémie. Le corps devient résistant à l’insuline.
- Atrophie musculaire : les muscles, surtout des cuisses et des épaules, fondent. Marcher ou monter les escaliers devient une épreuve.
- Insuffisance surrénale : votre corps arrête de produire naturellement le cortisol. Si vous arrêtez le traitement trop vite, vous pouvez entrer en crise : tension artérielle basse, nausées, perte de conscience, voire mort.
- Ulcères gastriques : le risque est multiplié par 7 si vous ne prenez pas de protection gastrique. Les médecins prescrivent désormais systématiquement un inhibiteur de la pompe à protons pour toute personne prenant plus de 5 mg/jour pendant plus de 4 semaines.
Les enfants sont particulièrement vulnérables. Chaque 0,2 mg/kg/jour de prednisolone réduit la croissance de 1,2 cm par an. Les pédiatres surveillent la taille tous les trois mois chez les enfants sous traitement prolongé.
Prednisone ou prednisolone : lequel choisir ?
Il n’y a pas de « meilleur » médicament en général. Mais le choix dépend de votre état de santé.
- Si votre foie est en bonne santé : le prednisone est parfait, moins cher, et aussi efficace.
- Si vous avez une maladie hépatique (hépatite, cirrhose) : le prednisolone est obligatoire. Votre foie ne convertit pas bien le prednisone - vous risquez de ne pas recevoir la bonne dose.
- Si vous êtes enfant : les pédiatres préfèrent le prednisolone. Il est plus facile à doser en solution orale, et il agit plus directement.
- Si vous avez des troubles de l’humeur : certains médecins préfèrent le prednisolone, car le prednisone semble légèrement plus lié aux troubles psychiatriques.
Les rhumatologues utilisent plus souvent le prednisone pour le lupus (58 % contre 42 %), tandis que les gastro-entérologues pédiatriques choisissent le prednisolone pour les maladies inflammatoires de l’intestin (63 % contre 37 %). Ce n’est pas une question de puissance - c’est une question de pratique et d’expérience.
Comment minimiser les risques ?
Les effets secondaires ne sont pas inévitables. Ils dépendent de la dose, de la durée, et de la prévention.
- Prenez le médicament avant 14h : cela réduit les troubles du sommeil de 68 % à 29 %, selon une étude de la Mayo Clinic.
- Limitez le sel à 2 000 mg/jour : cela aide à réduire la rétention d’eau et la pression artérielle. Augmentez votre potassium (bananes, épinards, patates douces) pour éviter les crampes.
- Pratiquez une activité physique à poids porté : marche, escalier, haltères légers. Cela réduit la perte osseuse de 22 %.
- Prenez un inhibiteur de la pompe à protons si vous êtes traité plus de 4 semaines : ça réduit le risque d’ulcère de 8,3 % à 1,2 %.
- Surveillez votre glycémie : même si vous n’êtes pas diabétique, vérifiez votre taux de sucre si vous prenez plus de 20 mg/jour.
- Ne jamais arrêter brusquement : le sevrage doit se faire sur 2 à 4 semaines minimum. Un arrêt trop rapide peut être fatal.
Les applications de rappel de prise de médicaments ont augmenté l’adhésion de 37 % chez les patients chroniques. Ce n’est pas une solution miracle, mais ça aide à éviter les erreurs.
Et les alternatives ?
Il n’existe pas de substitut direct pour traiter une inflammation aiguë aussi efficacement. Mais dans les maladies chroniques comme l’arthrite rhumatoïde, les biothérapies (tocilizumab, adalimumab) permettent de réduire la dépendance aux stéroïdes de 28 %. Ce ne sont pas des remplacements, mais des partenaires. On les utilise ensemble pour réduire la dose de stéroïdes au minimum.
Des molécules plus ciblées sont en cours d’essai. Un nouveau modulateur du récepteur des glucocorticoïdes, en phase 2 aux États-Unis, réduit les effets métaboliques de 60 % tout en gardant l’effet anti-inflammatoire. Ce pourrait être une révolution - mais ce n’est pas encore disponible.
Le mot de la fin : un outil puissant, pas un ennemi
94 % des rhumatologues interrogés en 2023 considèrent le prednisone et le prednisolone comme « indispensables ». Pourquoi ? Parce que pour une crise de pneumonie, une poussée de colite, ou une vasculite, ils sauvent des vies. Leur bénéfice l’emporte largement sur les risques - quand ils sont bien utilisés.
Le problème n’est pas le médicament. C’est l’usage inapproprié : trop long, trop fort, sans suivi. Si vous le prenez, demandez à votre médecin :
- Quelle est la dose minimale efficace pour moi ?
- Combien de temps vais-je en avoir besoin ?
- Quels examens dois-je faire régulièrement ?
- Y a-t-il un plan de sevrage ?
Ne laissez pas la peur vous empêcher de prendre ce dont vous avez besoin. Mais ne le prenez pas non plus comme une solution à tout. C’est un scalpel, pas un marteau.
Le prednisone et le prednisolone ont-ils les mêmes effets secondaires ?
Oui, essentiellement. Le prednisone est un prodrug qui se transforme en prednisolone dans le foie. Une fois activé, ils agissent de la même manière. Les effets secondaires sont donc identiques. La seule différence est dans la vitesse d’action : le prednisolone agit plus vite chez les personnes avec un foie sain. Pour les personnes avec un foie endommagé, le prednisone peut être inefficace - c’est pourquoi le prednisolone est préféré dans ces cas.
Combien de temps faut-il pour que les effets secondaires disparaissent après l’arrêt ?
Cela dépend de l’effet. Les troubles du sommeil, l’appétit accru et les sautes d’humeur s’atténuent généralement en 1 à 2 semaines. La prise de poids liée à la rétention d’eau diminue en quelques jours après l’arrêt. Mais les effets à long terme - comme l’ostéoporose, les cataractes ou l’insuffisance surrénale - peuvent être permanents. Le corps ne retrouve pas toujours sa capacité naturelle à produire du cortisol après un traitement prolongé.
Est-ce que le prednisolone est plus dangereux que le prednisone pour les enfants ?
Non, les deux sont aussi dangereux en termes de risques à long terme. Mais le prednisolone est préféré chez les enfants parce qu’il est plus facile à doser (sous forme de solution orale) et qu’il n’a pas besoin d’être métabolisé par le foie. Cela réduit les risques d’erreur de dose. Les effets secondaires comme la perte de croissance ou le « visage de lune » sont identiques avec les deux médicaments.
Puis-je boire de l’alcool en prenant du prednisone ou du prednisolone ?
Il est fortement déconseillé. L’alcool aggrave les effets sur le foie, augmente le risque d’ulcères gastriques, et peut amplifier les troubles de l’humeur. Il augmente aussi la pression artérielle et le risque de diabète. Même une consommation modérée peut être dangereuse. Mieux vaut l’éviter complètement pendant le traitement et quelques semaines après.
Pourquoi les médecins prescrivent-ils encore ces médicaments malgré les effets secondaires ?
Parce qu’il n’y a pas encore de meilleur alternative pour traiter les inflammations aiguës. Pour une crise de maladie auto-immune, un choc anaphylactique, ou une maladie pulmonaire sévère, ces médicaments agissent en heures, pas en semaines. Leur bénéfice est immédiat et vital. Leur risque est contrôlable - avec un bon suivi, une dose minimale, et un sevrage progressif. Ce ne sont pas des médicaments de routine, mais des outils d’urgence. Et dans ce rôle, ils restent indispensables.