Fluoroquinolones et NSAIDs : Risque accru de rupture tendineuse

Fluoroquinolones et NSAIDs : Risque accru de rupture tendineuse janv., 5 2026

Quand un antibiotique peut casser votre tendon

Vous prenez un antibiotique pour une infection urinaire ou une sinusite, et soudain, votre talon vous fait mal. Pas une simple crampes, pas une fatigue musculaire - une douleur sourde, persistante, qui s’aggrave au moindre pas. Ce n’est pas une coïncidence. Depuis plus de dix ans, les médecins savent que certains antibiotiques de la famille des fluoroquinolones peuvent provoquer des ruptures tendineuses, parfois en seulement quelques jours. Et si vous ajoutez des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène ou le diclofénac, le risque ne diminue pas… il reste le même. Mais ce n’est pas tout le monde qui est concerné. Et ce n’est pas tous les fluoroquinolones.

En 2008, la FDA a imposé une alerte noire - le niveau le plus élevé de danger - sur ces antibiotiques. En 2016, elle l’a renforcée. Pourtant, beaucoup de patients ignorent encore ce risque. Et les médecins ? Beaucoup le sous-estiment. Pourquoi ? Parce que la réalité est plus complexe qu’un simple « oui » ou « non ».

Quels antibiotiques sont vraiment dangereux ?

Tous les fluoroquinolones ne se valent pas. Certains sont à éviter absolument si vous avez plus de 60 ans, si vous faites du sport, ou si vous avez déjà eu un problème de tendon. D’autres, en revanche, présentent un risque quasi nul.

Le lévofloxacine est le plus dangereux. Une étude japonaise publiée en 2022 dans BMJ Open a montré qu’il augmente de 120 % le risque de rupture du tendon d’Achille. Pour chaque 100 personnes qui le prennent, environ 1 à 2 vont souffrir d’une rupture. Ce chiffre grimpe à 3 à 4 % chez les personnes âgées. En comparaison, la ciprofloxacine et la moxifloxacine n’ont montré aucun risque significatif dans plusieurs études. La ciprofloxacine, pourtant très prescrite, est associée à des douleurs tendineuses plus fréquentes, mais rarement à une rupture complète.

Les fluoroquinolones de troisième génération - comme la moxifloxacine - semblent plus sûres. L’étude japonaise a trouvé un indice de risque de 0,92 pour ces médicaments : en clair, pas de surcroît de rupture. Ce qui signifie que, pour certains patients, choisir la moxifloxacine plutôt que le lévofloxacine peut faire la différence entre une guérison rapide et une chirurgie du tendon.

Comment ça marche ? Le mécanisme caché

Les fluoroquinolones ne sont pas comme les autres antibiotiques. Elles attaquent l’ADN des bactéries - mais elles n’oublient pas que les cellules humaines en ont aussi. Elles perturbent la production de collagène, la protéine qui donne sa force aux tendons. Elles activent des enzymes appelées matrix metalloproteinases (MMP-2 et MMP-9), qui détruisent littéralement la structure du tendon. En même temps, elles tuent les cellules tendineuses (les tenocytes) par stress oxydatif. C’est une double attaque.

Le tendon d’Achille est le plus touché - 90 % des cas. Pourquoi ? Parce qu’il est le plus sollicité, le plus chargé, et qu’il a un apport sanguin limité. Il ne se répare pas vite. La douleur peut apparaître 48 heures après la première prise. 85 % des cas surviennent dans les 30 premiers jours. Mais certains patients déclarent une douleur 6 mois après avoir arrêté le traitement. Ce n’est pas une erreur. C’est bien ce que la Santé Publique du Royaume-Uni a confirmé en 2019.

Les NSAIDs : un danger mythique ?

Beaucoup de patients croient que prendre de l’ibuprofène ou du naproxène en même temps qu’un fluoroquinolone augmente le risque de rupture. Ce n’est pas prouvé. Aucune étude sérieuse n’a montré que les NSAIDs multiplient ce risque. Les autorités sanitaires - FDA, EMA, Santé Canada - n’ont jamais ajouté cette alerte à leurs avertissements.

En revanche, les corticostéroïdes - comme la prednisone - sont clairement associés à un risque multiplié. Si vous prenez un stéroïde et un fluoroquinolone en même temps, votre risque de rupture peut être multiplié par 5 ou 6. C’est pourquoi les médecins vous disent d’éviter cette combinaison. Mais les anti-inflammatoires classiques ? Ils ne sont pas impliqués. Ils peuvent même être utiles pour soulager la douleur, à condition de ne pas masquer les signes précoces.

Attention : si vous avez mal au tendon, ne prenez pas d’anti-inflammatoire pour « faire passer » la douleur. C’est une erreur courante. La douleur est un signal. La continuer à courir, à marcher, à faire du sport, c’est comme ignorer un feu d’alerte. La rupture peut arriver en quelques jours.

Un pharmacien remet une ordonnance à un athlète, tandis qu'un tendon rompu fantomatique flotte dans l'air, éclairé par la lune.

Qui est vraiment à risque ?

Ne vous fiez pas à la simple règle : « les vieux sont à risque ». La réalité est plus fine.

  • Les personnes de plus de 60 ans : risque 3,8 fois plus élevé
  • Les patients avec une insuffisance rénale : le médicament stagne dans l’organisme
  • Les transplantés d’organes : souvent sous corticoïdes
  • Les sportifs : tendons sollicités, stress mécanique
  • Les personnes ayant déjà eu une tendinite ou une rupture

Une étude de 2022 a montré que les patients atteints de diabète ou d’arthrite n’avaient pas un risque plus élevé - sauf s’ils prenaient aussi des corticoïdes. Ce qui signifie que le diabète en soi n’est pas un facteur direct. Ce qui compte, c’est la combinaison.

Que faire si vous avez mal ?

Si vous commencez à ressentir une douleur sourde dans le tendon d’Achille, la hanche, l’épaule ou le genou - et que vous prenez un fluoroquinolone - arrêtez le traitement. Immédiatement. Ne pas attendre. Ne pas espérer que ça passe.

Consultez votre médecin. Faites une échographie ou une IRM si la douleur persiste. Immobilisez la zone. Ne faites pas de stretching. Ne prenez pas de corticoïdes. Ne vous auto-médiquez pas avec des anti-inflammatoires pour masquer la douleur. C’est un piège. La douleur est votre alliée ici. Elle vous dit : « arrête ».

La plupart des ruptures sont traitées par chirurgie. La récupération prend entre 6 et 12 mois. Beaucoup de patients ne retrouvent jamais leur niveau d’activité initial. Certains doivent changer de travail. D’autres ne peuvent plus courir, sauter, ou même monter les escaliers sans douleur.

Les alternatives existent - et elles sont meilleures

Les fluoroquinolones ne sont pas indispensables. Pour une cystite simple, l’nitrofurantoïne ou le fosfomycine sont plus sûrs. Pour une sinusite, l’amoxicilline ou l’azithromycine suffisent. Pour une pneumonie, la léfamuline (nouveau médicament approuvé en 2023) est plus efficace et sans risque tendineux.

Depuis 2016, la FDA recommande de n’utiliser les fluoroquinolones que si aucun autre antibiotique n’est approprié. L’Agence européenne des médicaments (EMA) va encore plus loin : elle les réserve aux infections graves, sans alternative. Pourtant, en 2022, les prescriptions ont encore baissé de 21 % aux États-Unis. C’est un bon signe.

Le marché mondial des fluoroquinolones, qui valait 4,2 milliards de dollars en 2022, ne croît plus que de 1,3 % par an - contre 4,7 % pour les autres antibiotiques. Les pharmaciens et les médecins apprennent. Les patients aussi.

Trois patients dans des paysages différents, une pilule protectrice rayonnant au centre, tandis que des lianes sombres représentent les corticostéroïdes.

Comment se protéger ?

  • Ne prenez jamais un fluoroquinolone sans demander : « Y a-t-il une alternative ? »
  • Si vous avez plus de 60 ans, demandez le type exact du fluoroquinolone : évitez le lévofloxacine, privilégiez la moxifloxacine si nécessaire
  • Ne les prenez pas pour une infection bénigne (grippe, rhume, sinusite légère)
  • Écoutez votre corps : une douleur au tendon, même légère, est un signal d’arrêt
  • Ne les prenez pas en même temps qu’un corticoïde - c’est un danger avéré
  • Si vous avez déjà eu une rupture, évitez les fluoroquinolones pour toujours

La plupart des patients ne se souviennent pas d’avoir été avertis. Une enquête de 2021 montre que seulement 32 % des patients ont reçu une information claire sur le risque tendineux. Ne comptez pas sur votre médecin pour le faire. Posez la question. Exigez une réponse.

Le futur : des antibiotiques plus sûrs

Deux nouveaux antibiotiques de la famille des quinolones - JNJ-Q2 et des dérivés de la delafloxacine - sont en phase II d’essais cliniques. Ils sont conçus pour ne pas attaquer les cellules humaines. Leur objectif : garder l’efficacité contre les bactéries, sans endommager les tendons. Si les résultats sont positifs, ils pourraient arriver sur le marché d’ici 2028.

En attendant, la leçon est claire : les antibiotiques ne sont pas des bonbons. Même ceux qui semblent inoffensifs peuvent casser votre corps. Leur puissance n’est pas un privilège - c’est une responsabilité.

Les NSAIDs augmentent-ils le risque de rupture tendineuse avec les fluoroquinolones ?

Non, les NSAIDs comme l’ibuprofène ou le diclofénac n’ont pas été prouvés comme augmentant le risque de rupture tendineuse lorsqu’ils sont pris avec des fluoroquinolones. Les autorités sanitaires (FDA, EMA) ne mentionnent pas cette interaction. Le vrai danger vient des corticostéroïdes, qui multiplient le risque par 5 à 6. Les NSAIDs peuvent être utilisés pour soulager la douleur, mais ils ne doivent pas masquer les signes précoces de tendinite.

Quel est le fluoroquinolone le plus dangereux pour les tendons ?

Le lévofloxacine est le plus associé aux ruptures tendineuses, avec un risque accru de 120 % pour le tendon d’Achille. La ciprofloxacine est plus souvent liée à des douleurs tendineuses, mais moins à des ruptures complètes. La moxifloxacine et d’autres fluoroquinolones de troisième génération présentent un risque quasi nul selon les études récentes.

Combien de temps après le début du traitement apparaît la douleur ?

La douleur peut apparaître en seulement 48 heures, mais elle survient le plus souvent dans les 30 premiers jours. Dans 85 % des cas, les symptômes commencent avant la fin du traitement. Cependant, des ruptures ont été signalées jusqu’à plusieurs mois après l’arrêt du médicament, ce qui rend la surveillance nécessaire même après la fin du traitement.

Que faire si je ressens une douleur au tendon pendant un traitement ?

Arrêtez immédiatement le traitement et consultez un médecin. Ne continuez pas à marcher ou à faire du sport. Immobilisez la zone affectée. Ne prenez pas de corticoïdes. Faites une échographie pour vérifier l’état du tendon. Une intervention rapide peut éviter une rupture complète et une chirurgie.

Les jeunes peuvent-ils être concernés par ce risque ?

Oui, même les jeunes sont concernés, surtout s’ils sont sportifs, ont une insuffisance rénale, ou prennent des corticoïdes. Les études montrent que les athlètes ont un risque plus élevé, même sous 40 ans. L’âge n’est pas le seul facteur - la charge mécanique sur le tendon et les conditions médicales sous-jacentes comptent autant.

Prochaines étapes : quand demander une alternative

Avant de prendre un fluoroquinolone, posez-vous ces questions :

  1. Est-ce vraiment une infection bactérienne grave ?
  2. Existe-t-il un antibiotique plus sûr pour ce type d’infection ?
  3. Quel est le nom exact du fluoroquinolone prescrit ?
  4. Je suis-il dans un groupe à risque (âge, reins, sport, corticoïdes) ?
  5. Mon médecin m’a-t-il expliqué les signes d’alerte ?

Si vous répondez oui à au moins deux de ces questions, demandez une alternative. Votre tendon ne vaut pas le risque d’un antibiotique de seconde ligne. La médecine a changé. Vous aussi, vous pouvez choisir mieux.