Gouttes stéroïdiennes pour les yeux : bienfaits, risques et suivi médical

Gouttes stéroïdiennes pour les yeux : bienfaits, risques et suivi médical déc., 27 2025

Les gouttes stéroïdiennes pour les yeux, comme la prednisolone, le dexaméthasone ou le lotéprednol étabonate, sont des traitements puissants pour calmer les inflammations oculaires. Elles agissent rapidement sur des conditions comme l’uveite, les allergies oculaires non infectieuses, ou les lésions causées par des brûlures chimiques. Mais leur efficacité ne doit pas masquer les dangers réels d’une utilisation mal contrôlée. Ces gouttes peuvent sembler inoffensives - elles sont prescrites par des médecins, elles ne sont pas des comprimés - mais elles agissent profondément sur votre œil, et les effets secondaires peuvent être irréversibles.

Comment fonctionnent les gouttes stéroïdiennes ?

Ces médicaments contiennent des corticostéroïdes, des molécules qui bloquent plusieurs voies inflammatoires dans l’œil. Elles inhibent la production de prostaglandines et d’autres substances qui provoquent rougeur, gonflement et douleur. Pour une uveite aiguë, elles peuvent sauver la vue en quelques jours. Un patient avec une inflammation sévère du front de l’œil verra souvent une amélioration nette après seulement 48 heures. C’est pourquoi elles restent un pilier du traitement en ophtalmologie depuis les années 1950, après les premières expériences du Dr Charles B. Knapp.

Elles sont disponibles sous différentes formes : Pred Forte (forte concentration), Pred Mild (dose plus douce), Omnipred, et d’autres. La puissance varie, et cela influence directement les risques. Une goutte plus forte n’est pas toujours meilleure - elle augmente simplement les chances d’effets secondaires.

Les risques les plus graves : glaucome et cataracte

Le plus grand danger n’est pas une réaction immédiate. Il s’agit d’un processus silencieux : l’augmentation de la pression à l’intérieur de l’œil, appelée hypertension intraoculaire. Chez environ 30 à 40 % des personnes, même sans antécédents, les stéroïdes peuvent faire monter cette pression. Chez 4 à 6 %, cette montée est importante - plus de 15 mmHg - et ces personnes sont appelées « répondants aux stéroïdes ». Pour elles, le risque de glaucome stéroïdien est élevé.

Le problème ? Le glaucome stéroïdien ne fait pas mal. Pas de douleur, pas de vision floue au début. C’est une destruction lente du nerf optique, qui réduit progressivement le champ visuel. Beaucoup ne s’en rendent compte qu’après avoir perdu une partie de leur vision périphérique - et parfois, c’est trop tard. Une étude de l’American Optometric Association montre que les gouttes stéroïdiennes sont l’un des facteurs les plus importants dans l’histoire médicale d’un patient atteint de glaucome.

Un autre risque majeur est la cataracte. Contrairement à la cataracte liée à l’âge, celle induite par les stéroïdes est souvent du type postéro-sous-capsulaire. Elle se forme à l’arrière du cristallin, juste sur le trajet de la lumière. Résultat : une vision floue, des éblouissements la nuit, des difficultés à lire. Selon la Mayo Clinic, l’utilisation prolongée - plus de 10 jours - augmente ce risque. Après 3 à 6 mois d’usage continu, la probabilité de développer une cataracte devient significative. Dans certains cas, elle peut faire avancer la nécessité d’une chirurgie de 5 à 10 ans.

Les infections : un danger sous-estimé

Les stéroïdes affaiblissent la réponse immunitaire locale. Votre œil devient plus vulnérable. Une simple infection par le virus de l’herpès simplex, qui était sous contrôle, peut réapparaître avec force. Ou pire : une kératite fongique, une infection rare mais très grave, qui peut détruire la cornée en quelques jours. Ces infections sont souvent mal diagnostiquées au début, car elles ressemblent à une inflammation bénigne. Mais les gouttes stéroïdiennes cachent les signes classiques de l’infection - rougeur, douleur, pus - et retardent le traitement. Résultat : une perte de vision permanente.

Une loupe révèle un cristallin clair d'un côté et une cataracte nuageuse de l'autre, dans un jardin médical lumineux.

Qui est à risque ?

Tout le monde n’est pas égal face aux effets secondaires. Certaines personnes sont plus sensibles :

  • Les patients déjà atteints de glaucome
  • Ceux qui ont un antécédent familial de glaucome
  • Les personnes atteintes de diabète
  • Ceux qui ont déjà eu une cataracte ou une uveite récurrente

Si vous faites partie de ces groupes, votre médecin doit vous prescrire une dose plus faible, et surveiller votre œil plus souvent. Même une utilisation courte peut être dangereuse si vous êtes un « répondant ».

Comment surveiller les effets secondaires ?

La clé, c’est la surveillance régulière. Pas une fois par an. Pas quand vous avez mal aux yeux. Mais à intervalles précis.

Avant de commencer les gouttes, votre ophtalmologiste doit mesurer votre pression intraoculaire avec une tonométrie de Goldmann - la méthode la plus précise. Il examine aussi votre nerf optique et la transparence du cristallin.

En cours de traitement :

  • Pour une utilisation de moins de 2 semaines : un contrôle à la fin du traitement suffit.
  • Pour 2 à 4 semaines : une visite toutes les 2 à 3 semaines.
  • Pour plus de 4 semaines : une visite hebdomadaire ou toutes les deux semaines, surtout si vous utilisez des gouttes puissantes comme la prednisolone acetate.

Des tests de champ visuel et des examens au lampe à fente sont nécessaires si le traitement dure plus d’un mois. Ces examens détectent les premiers signes de dommages avant qu’ils ne deviennent irréversibles.

Combien de temps est sûr d’utiliser ces gouttes ?

La plupart des cas d’uveite sont traités sur 1 à 2 mois. C’est la durée maximale recommandée pour éviter les risques majeurs. Au-delà, les effets secondaires deviennent beaucoup plus probables.

Si vous avez besoin d’un traitement plus long - par exemple pour une maladie chronique comme la sarcoidose ou la polyarthrite - votre médecin doit envisager des alternatives. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) oculaires, comme le ketorolac, sont moins puissants, mais n’augmentent pas la pression oculaire ni ne causent de cataracte. Ils peuvent être utilisés en complément ou en remplacement progressif.

Le principe est simple : utiliser la dose la plus faible possible, pendant la durée la plus courte possible. Pas plus longtemps qu’il n’est nécessaire.

Un médecin diminue progressivement les gouttes stéroïdiennes, tandis que la vision périphérique s'efface en toile de fond.

Que faire si vous avez des symptômes ?

Ne vous fiez pas à la douleur. Le glaucome stéroïdien et la cataracte avancée ne font pas forcément mal. Mais voici les signaux d’alerte à ne pas ignorer :

  • Vision floue qui ne s’améliore pas
  • Difficulté à voir la nuit ou en lumière vive
  • Perception de halos autour des lumières
  • Champ visuel réduit - vous ne voyez plus ce qui se passe sur les côtés
  • Œil rouge, douloureux, avec une sensibilité à la lumière
  • Nausées ou maux de tête associés à une pression oculaire

Si vous avez l’un de ces symptômes, arrêtez les gouttes et consultez immédiatement un ophtalmologiste. Ne pas attendre.

Ne jamais arrêter brusquement

Un autre piège : arrêter les gouttes trop vite. Si vous les avez utilisées plus de 10 jours, votre œil peut devenir dépendant. En arrêtant d’un coup, l’inflammation peut revenir avec force - ce qu’on appelle une réaction de rebond. Votre médecin doit réduire progressivement la dose : une goutte par jour, puis une tous les deux jours, puis une tous les trois jours, jusqu’à l’arrêt complet. Ce processus prend parfois plusieurs semaines.

Et après ?

Si une cataracte se développe, la chirurgie est souvent nécessaire. Elle a un taux de réussite de 95 %, mais elle n’est pas sans risque : infection (0,1 %), décollement de la rétine, ou opacification de la capsule postérieure (20 % des cas dans les 5 ans). La chirurgie peut restaurer la vue, mais elle ne peut pas réparer les dommages au nerf optique causés par un glaucome non détecté.

La meilleure stratégie, c’est la prévention. Une surveillance régulière, une utilisation courte, une dose minimale. Les gouttes stéroïdiennes sont un outil précieux - mais comme un scalpel, elles doivent être utilisées avec précision. Une erreur de dosage ou de durée peut coûter cher : votre vision.

Les gouttes stéroïdiennes pour les yeux peuvent-elles causer une perte de vue permanente ?

Oui, si elles sont utilisées sans surveillance. L’augmentation prolongée de la pression intraoculaire peut endommager le nerf optique et provoquer un glaucome irréversible. Une cataracte stéroïdienne avancée peut aussi altérer gravement la vision. Dans les deux cas, la perte peut être permanente si elle n’est pas détectée à temps. C’est pourquoi le suivi ophtalmologique est obligatoire après 10 jours d’utilisation.

Combien de temps faut-il pour que les gouttes stéroïdiennes fassent effet ?

Pour une inflammation comme l’uveite ou une conjonctivite allergique, les améliorations sont souvent visibles en 24 à 48 heures. La rougeur et la douleur diminuent rapidement. Mais cela ne veut pas dire que vous pouvez les utiliser plus longtemps. L’efficacité immédiate est aussi ce qui rend leur abus dangereux.

Existe-t-il des alternatives aux gouttes stéroïdiennes ?

Oui, surtout pour les cas chroniques. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) oculaires comme le ketorolac ou le diclofénac sont efficaces pour les inflammations légères à modérées. Ils n’augmentent pas la pression oculaire ni ne causent de cataracte. Pour certaines maladies auto-immunes, des traitements systémiques ou des immunosuppresseurs locaux peuvent être envisagés. Le choix dépend du diagnostic, de la gravité et de la durée du traitement nécessaire.

Les gouttes stéroïdiennes sont-elles dangereuses pour les enfants ?

Oui, et parfois plus que chez les adultes. Les enfants sont plus sensibles aux effets secondaires, notamment à la cataracte et à l’hypertension intraoculaire. Leur système oculaire est encore en développement. Les traitements doivent être extrêmement courts, avec une surveillance très rapprochée. Ils ne sont prescrits qu’en cas de besoin vital, comme après une chirurgie oculaire ou pour une uveite sévère.

Puis-je utiliser des gouttes stéroïdiennes pour une conjonctivite virale ?

Non, jamais. Les gouttes stéroïdiennes ne traitent pas les infections. Elles les cachent. Une conjonctivite virale, comme celle causée par l’herpès, peut s’aggraver gravement si vous utilisez des stéroïdes. Cela peut entraîner une kératite, une ulcération de la cornée, voire une perte de vision permanente. Toujours vérifier qu’il n’y a pas d’infection avant d’initier un traitement stéroïdien.