Mesurer votre observance médicamenteuse : une checklist pratique
janv., 13 2026
Pourquoi mesurer votre observance médicamenteuse ?
Prendre ses médicaments comme prescrit n’est pas une question de discipline, c’est une question de survie. Plus de la moitié des personnes atteintes d’une maladie chronique - hypertension, diabète, cholestérol, ou encore maladie thyroïdienne - ne prennent pas leurs traitements comme il faut. Ce n’est pas par négligence, mais souvent parce qu’elles ne savent pas combien elles sont adhérentes. Et sans mesure, on ne peut pas améliorer.
Les conséquences sont réelles : hospitalisations évitables, complications graves, coûts médicaux qui explosent. Aux États-Unis, la non-adhérence coûte entre 100 et 300 milliards de dollars par an. En France, les chiffres sont similaires, même si moins étudiés. La bonne nouvelle ? Il existe des méthodes simples, fiables et gratuites pour savoir où vous en êtes.
Les trois phases de l’observance médicamenteuse
Ne confondez pas prendre un médicament une fois avec le faire régulièrement. L’observance médicamenteuse se décompose en trois étapes clés, et chaque phase demande une approche différente.
- Initiation : Avez-vous commencé le traitement ? Beaucoup arrêtent avant même d’avoir pris la première dose, par peur des effets secondaires ou parce qu’ils pensent que « ce n’est pas grave ».
- Implémentation : Prenez-vous la bonne dose, au bon moment, à la bonne fréquence ? C’est ici que les oublis, les doses sautées ou les prises en dehors des horaires comptent.
- Persistence : Avez-vous continué le traitement pendant toute la durée prescrite ? Certains arrêtent après quelques semaines parce que « ça va mieux » - mais la maladie, elle, continue.
Si vous ne mesurez que l’une de ces phases, vous voyez seulement une partie du tableau. Une vraie évaluation doit les couvrir toutes.
La checklist pratique : 5 méthodes pour mesurer votre adhérence
Vous n’avez pas besoin d’un appareil high-tech ou d’un dossier médical connecté pour commencer. Voici cinq méthodes simples, validées par la science, que vous pouvez appliquer dès aujourd’hui.
1. Le comptage des pilules (méthode la plus ancienne, mais encore utile)
Prenez votre boîte de médicaments. Notez le nombre total de comprimés. Notez la posologie : combien par jour ? Calculez combien vous devriez avoir pris depuis le début du traitement. Comptez combien il en reste. Faites la différence.
Exemple : Vous avez une boîte de 30 comprimés, à prendre un par jour. Après 20 jours, il en reste 10. Vous avez sauté 10 doses. Votre adhérence : 67 %. C’est un bon point de départ. Mais attention : cette méthode ne détecte pas si vous avez pris les pilules en double, ou si vous les avez jetées.
2. Le journal de prise (la méthode la plus fiable pour vous)
Utilisez un carnet, une application gratuite comme Medisafe ou même une simple note sur votre téléphone. À chaque prise, cochez une case. Pas besoin d’être parfait. Même une trace incomplète est plus précieuse que rien.
Les études montrent que les patients qui tiennent un journal de prise sont 30 % plus susceptibles d’améliorer leur adhérence en trois mois. Pourquoi ? Parce que l’acte d’écrire crée une responsabilité consciente. Et quand vous voyez vos oublis en noir sur blanc, vous ne pouvez plus les ignorer.
3. Le score MARS-5 (questionnaire validé en 2 minutes)
Le Medication Adherence Report Scale, ou MARS-5, est un outil développé par des chercheurs de l’Université de Londres. Il est utilisé dans les hôpitaux du monde entier. Voici les cinq questions :
- Combien de fois avez-vous oublié de prendre vos médicaments au cours du mois dernier ?
- Combien de fois avez-vous réduit la dose sans en parler à votre médecin ?
- Combien de fois avez-vous arrêté de les prendre parce que vous vous sentiez mieux ?
- Combien de fois avez-vous pris vos médicaments plus tard que prévu ?
- Combien de fois avez-vous pris vos médicaments différemment de ce qui était prescrit ?
Chaque réponse se note de 1 à 5 : 1 = très souvent, 2 = souvent, 3 = parfois, 4 = rarement, 5 = jamais.
Calculez votre total. Un score de 20 à 25 = bonne adhérence. Un score de 15 à 19 = adhérence moyenne. Un score de 14 ou moins = risque élevé de non-adhérence. Ce n’est pas un diagnostic, mais un signal d’alerte. Parlez-en à votre médecin.
4. Vérifier vos ordonnances remplies (méthode PDC)
Si vous avez un compte en ligne chez votre pharmacie ou votre caisse d’assurance maladie, consultez vos historiques de retrait. Calculez la Proportion of Days Covered (PDC).
Exemple : Vous avez une ordonnance de 30 jours pour un traitement quotidien. Vous avez retiré une nouvelle boîte à J+28, puis à J+58, puis à J+89. La période totale couverte est de 90 jours. Combien de jours avez-vous eu le médicament en main ?
De J+0 à J+28 : 28 jours
De J+28 à J+58 : 30 jours
De J+58 à J+89 : 31 jours
Total des jours couverts : 28 + 30 + 31 = 89 jours
Divisez par 90 jours de traitement : 89 / 90 = 98,9 %. Votre PDC est de 99 %. C’est excellent.
La norme internationale pour une bonne adhérence est de 80 % ou plus. En dessous, le risque de complications augmente nettement. Cette méthode est utilisée par les assureurs et les hôpitaux - et vous pouvez la faire vous-même.
5. L’outil des pharmacies intelligentes (l’avenir, déjà là)
Certaines boîtes de médicaments sont maintenant équipées de capteurs. Elles envoient une alerte si vous n’ouvrez pas la boîte à l’heure prévue. Des entreprises comme AdhereTech ou AiCure proposent ces systèmes. En France, ils sont encore rares dans les prescriptions courantes, mais certains hôpitaux les utilisent pour les patients à risque.
Si vous avez un traitement complexe (plus de 5 médicaments par jour, ou un traitement à prise très précise), demandez à votre médecin s’il existe un programme de suivi avec boîte connectée. Cela peut être gratuit ou pris en charge par votre assurance.
Les pièges à éviter
Les méthodes de mesure ne sont pas toutes égales. Voici les erreurs les plus fréquentes :
- Ne pas compter les doses sautées : Vous pensez que « j’ai pris 25 jours sur 30 » - mais si vous avez pris deux comprimés un jour, vous n’êtes pas plus adhérent.
- Se fier uniquement à la mémoire : Les études montrent que les patients sous-estiment leurs oublis de 30 à 50 %. Vous n’êtes pas le seul.
- Confondre « avoir acheté » avec « avoir pris » : Vous avez retiré votre ordonnance ? C’est une bonne chose. Mais si vous avez mis la boîte au fond du tiroir, vous n’êtes pas adhérent.
- Attendre un signe médical pour agir : Votre tension n’a pas baissé ? Votre glycémie est trop haute ? Ce n’est pas une surprise. C’est la conséquence de mois ou d’années d’observance insuffisante.
Que faire si votre score est bas ?
Ne paniquez pas. La non-adhérence n’est pas une faute morale. C’est un problème de système, de complexité, de peur, de coût, ou de manque d’information.
Voici trois actions concrètes :
- Parlez à votre médecin sans honte. Dites simplement : « Je pense que je n’arrive pas à bien prendre mes médicaments. » Les médecins savent. Ils ne jugent pas. Ils veulent vous aider.
- Utilisez un distributeur de pilules hebdomadaire. Coût : moins de 10 €. Il existe des modèles avec alarmes. Cela réduit les oublis de 40 % chez les personnes âgées.
- Associez la prise à un geste quotidien. Prenez vos comprimés après vous brosser les dents, ou avec votre petit-déjeuner. Le lien habituel crée une habitude.
Les nouvelles tendances en 2026
En 2025, l’Agence nationale de santé a lancé un programme pilote pour intégrer la mesure de l’observance dans les dossiers médicaux numériques. Désormais, votre médecin peut voir votre PDC directement dans son logiciel, sans que vous ayez à le lui dire.
Les pharmacies en ligne proposent des rappels automatisés par SMS ou WhatsApp. Les applications comme Medisafe ou MyTherapy sont désormais compatibles avec la Sécurité sociale. Et en 2024, l’Ordre des pharmaciens a créé une certification nationale en observance médicamenteuse - vous pouvez demander à votre pharmacien s’il est certifié.
Le futur ? Des algorithmes qui prédisent qui va arrêter son traitement, avant même que ça ne se produise. Une étude de 2023 a montré que les IA pouvaient prédire la non-adhérence avec 87 % de précision, en analysant les habitudes de retrait, les antécédents médicaux et même les réponses aux SMS de rappel.
Conclusion : Vous êtes le meilleur outil de mesure
Il n’existe pas de « méthode parfaite ». Mais il existe une vérité simple : si vous ne mesurez pas, vous ne pouvez pas améliorer.
Prenez 5 minutes aujourd’hui. Faites le MARS-5. Regardez vos retraits de médicaments. Comptez vos pilules. Notez vos oublis.
Ce n’est pas pour votre médecin. C’est pour vous. Parce que votre santé ne se mesure pas en chiffres, mais en jours vécus sans crise, sans hospitalisation, sans perte de contrôle. Et chaque prise correcte est un pas vers ce futur.
Quelle est la meilleure méthode pour mesurer mon adhérence médicamenteuse ?
Il n’y a pas de méthode unique, mais la combinaison de deux outils est la plus efficace : le journal de prise (pour l’implémentation quotidienne) et le calcul du PDC à partir de vos retraits de pharmacie (pour la persistance sur le long terme). Le MARS-5 est un excellent complément pour identifier les comportements inconscients ou les raisons psychologiques de non-adhérence.
Est-ce que les pharmacies peuvent me dire si je prends bien mes médicaments ?
Elles ne peuvent pas savoir si vous les prenez, mais elles peuvent dire si vous les avez retirés. En France, les pharmacies envoient les données de retrait à la Sécurité sociale. Vous pouvez consulter vos historiques sur votre compte Ameli. À partir de là, vous pouvez calculer votre PDC vous-même. Certains pharmaciens certifiés en observance peuvent aussi vous aider à l’interpréter.
Pourquoi mon médecin ne me pose-t-il pas de questions sur l’observance ?
Beaucoup de médecins n’ont pas le temps, ou pensent que les patients vont leur dire la vérité. Mais les études montrent que 62 % des médecins disent que les patients leur cachent leurs oublis. Ne l’attendez pas. Commencez vous-même. Dites simplement : « J’ai fait le MARS-5, et je pense que je pourrais mieux faire. » Cela ouvre la porte à une conversation utile.
Le PDC à 80 % est-il un objectif réaliste ?
Oui, et c’est la norme mondiale pour les maladies chroniques. Pour un traitement quotidien, cela signifie ne pas sauter plus de 6 jours par mois. Pour un traitement hebdomadaire, c’est ne pas sauter plus d’une dose sur quatre. C’est un objectif atteignable avec un distributeur de pilules et des rappels. Beaucoup de patients dépassent 90 % sans effort.
Est-ce que les applications de prise de médicaments sont fiables ?
Oui, si vous les utilisez régulièrement. Des études montrent que les applications comme Medisafe ou MyTherapy augmentent l’observance de 20 à 40 %. Elles ne remplacent pas le suivi médical, mais elles sont un excellent outil de soutien. Choisissez-en une simple, sans publicité, et qui vous permet de voir vos statistiques hebdomadaires.